Galerie d'art urbain, contemporain et moderne à Colmar en Alsace

Art Urbain - Street Art


Repères historiques


Avant de devenir l’un des courants artistiques les plus dynamiques et en vue de ce début de XXie siècle, l’art urbain, appelé plus communément street art, a longtemps été associé exclusivement au vandalisme et à la dégradation sauvage. On constate que depuis quelques années, les regards et les mentalités changent. Des pionniers du graffiti aux États-Unis aux fresques gigantesques qui occupent maintenant les façades des immeubles de toutes les grandes métropoles, ce mouvement a parcouru un long chemin avant de pouvoir bénéficier de cette reconnaissance.

Pour saisir au mieux les enjeux de cette culture, il est important d’en connaître ses racines.
–– Le mot « graffiti » vient du mot italien au pluriel graffiti (dérivé du latin graphium, « stylet »), qui signifie « inscriptions sur les murs ».
–– Selon certains historiens, l’homme peint, dessine et intervient depuis toujours sur les parois et les murs qui l’entourent. Mais dans un contexte typiquement urbain, c’est réellement à partir de l’Antiquité qu’on observe les premières traces d’expressions populaires sur les murs, comme les célèbres graffitis de la cité de Pompéi. Par la suite, il est possible d’identifier dans chacune des grandes périodes de l’histoire et au sein de toutes les grandes civilisations, des exemples notoires qui démontrent que la pratique du graffiti a toujours existé.


LES WRITERS À PHILADELPHIE, PIONNIERS DU GRAFFITI


Le mouvement graffiti, dans sa version moderne, celui qui marque réellement les débuts de l’art urbain, provient des États-Unis. C’est à la fin des années 1960, à Philadelphie (Pennsylvanie), qu’un certain Cornbread commence à faire parler de lui. À l’époque, le jeune Darryl A. McCray est un adolescent qui a bien du mal à trouver sa place dans la société. Il passe la majorité de son temps dans des maisons de redressement. Il a un tempérament extrêmement timide, qu’il va réussir à dépasser par amour. Tombé sous le charme d’une jeune femme dénommée Cynthia, il choisit de lui déclarer sa flamme en inscrivant de manière frénétique sur les murs de son école, puis sur ceux de la ville tout entière, la phrase : "Cornbread loves Cynthia". Il va ensuite user de ce pseudonyme pour s’exprimer librement sur la place publique, jouant au chat et à la souris avec les autorités et la presse locale.


Cette nouvelle pratique va rapidement faire des émules et pousser d’autres jeunes adolescents à s’improviser graffeurs. Armés de leurs propres « blazes », Cool Earl, Top Cat, Dr Cool#1 et quelques autres précurseurs vont se livrer une lutte de territoire pour prendre possession des murs de la ville. Leurs exploits feront la une des journaux locaux, leur conférant une certaine célébrité, mais les amenant également à faire des séjours réguliers derrière les barreaux.


LES QUARTIERS PAUVRES DE NEW YORK, BERCEAUX DU MOUVEMENT


Quelques années plus tard, c’est à New York que le mouvement graffiti connaît un nouvel essor, plus particulièrement dans les quartiers populaires du Bronx, de Harlem et de Brooklyn. À cette époque, tout est à inventer et sous l’impulsion de Taki 183, Tracy 168, Phase 2 ou encore Futura 2000, les graffeurs redoublent d’imagination et d’audace pour se faire un nom. L’important, c’est d’être vu, reconnu et respecté. Chacun développe son style, tente de se démarquer et d’impressionner ses rivaux. Tous souhaitent
affirmer leur identité et accéder à une certaine célébrité. C’est pour cela qu’ils vont innover, inventer de nouvelles formes artistiques, trouver de nouveaux terrains de jeux comme le métro, pour ses murs mais surtout les wagons de ses trains. Cet affrontement artistique et urbain leur fait prendre de plus en plus de risques, avec une seule et même idée en tête : trouver le spot ultime à taguer.

Rien n’est simple pour eux, car en plus de ces batailles d’ego, il leur faut faire face à l’hostilité des autorités, qui voient d’un mauvais oeil ces nouvelles pratiques qui dégradent l’esthétique de la ville. Dans le milieu, rapidement, des affinités se créent, des groupes se forment et on assiste à l’apparition des premiers crews. Cette époque coïncide avec les débuts de la culture hip-hop et avec elle arrivent des modes d’expression qui vont fédérer tout ce petit monde en une vraie communauté. La musique, la danse ou encore les tenues vestimentaires sont autant de domaines eux aussi impactés par cette
nouvelle vague d’artistes.

Toute cette énergie et cette folle effervescence vont réussir à attirer l’attention de quelques artistes qui, même ils ne sont pas issus des quartiers populaires, s’intéressent de près à cette forme d’art qui permet de s’exprimer dans la rue, au contact direct de la population et aux yeux de tous. Avec eux, ce sont les journalistes spécialisés, les critiques et marchands d’art, les responsables de grandes institutions culturelles, qui se penchent sur cet univers, permettant notamment la tenue des premières
expositions en galeries et un début de reconnaissance et d’acceptation.


Certains de ces artistes, comme Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat, vont devenir de vraies icônes et laisser une trace importante dans l’histoire de l’art.

Martha Cooper et Henry Chalfant, sont les témoins et la bibliothèque de toutes ces empreintes dans le "SubwayArt"


EN FRANCE, LE MÉLANGE DES CULTURES


En traversant l’Atlantique au début des années 1980 et en entrant en collision avec la culture française, ce phénomène urbain connaît quelques mutations et évolue vers de nouvelles formes. Bien entendu, le terrain n’est pas vierge, plusieurs artistes sont déjà présents dans la rue, mais il reste de nombreux espaces à conquérir.


Le photographe d’origine hongroise Brassaï est d’ailleurs un témoin majeur de cette époque. Il a photographié et collecté inlassablement, à partir des années 1930, les traces, formes et empreintes qu’il pouvait observer sur les murs de Paris. En 1960, il publie une sélection de ces clichés dans un ouvrage intitulé tout simplement Graffiti. Ce travail précieux fait toujours référence de nos jours et est encore régulièrement exposé, commenté et édité.


Pour revenir aux prémices de la scène française, plusieurs artistes ont investi très tôt l’espace urbain à leur manière, les plus connus étant Jacques Villeglé, Daniel Buren, Gérard Zlotykamien ou encore Ernest Pignon-Ernest. Ce dernier, originaire de Nice et travaillant à Paris, s’est fait remarquer grâce aux images éphémères qu’il a créées et installe sur les murs des grandes villes. Toujours en activité, son propos reste engagé. Dans son travail, il n’hésite pas à évoquer des sujets marquants et clivants de notre
société, comme l’avortement, la lutte contre le sida, l’immigration ou la précarité.
Toujours sur les murs de Paris, c’est à cette période que l’on voit arriver les premiers pochoirs de Blek le rat et de Jef Aérosol. Cette technique inédite leur permet une approche graphique différente de celles des tags, flops ou autres graffitis new-yorkais. Ce procédé permet de reproduire facilement et rapidement une image sur différents supports.
Dans un autre style, les oeuvres colorées du groupe d’artistes VLP (Vive La Peinture) ou de Speedy Graphito se dévoilent sur les palissades des chantiers parisiens, égayant la rue et offrant leurs messages au regard des passants. Inspirés par la bande dessinée et la culture populaire, ces artistes n’hésitent pas à mélanger les genres et à jouer avec les codes.
Au fil des années, le paysage de l’art urbain s’est diversifié et densifié au gré de l’apparition de nouveaux artistes, aux nouvelles démarches et aux techniques en constante évolution. Les traces-empreintes de Jérôme Mesnager, la jungle urbaine de Mosko, la poésie féministe de Miss Tic et les mosaïques ludiques de Space Invader ont marqué les années 1990 et ont laissé entrevoir un mouvement toujours prêt à surprendre et à se renouveler.


EN ROUTE VERS UNE RECONNAISSANCE EUROPÉENNE ET MONDIALE


Il n’y a pas qu’en France que l’art urbain gagne petit à petit du terrain. Depuis plus de quarante ans, c’est dans l’Europe entière et sur l’ensemble des continents, que l’on voit fleurir des pratiques artistiques nouvelles. L’art urbain est partout, aucune culture, aucune capitale et aucun pays ne peut y échapper. C’est un langage universel même si les styles, les techniques et les messages revendiqués peuvent être différents d’un endroit à un autre. Ce qui unit toute cette scène, c’est ce besoin de s’exprimer à ciel ouvert, d’investir l’espace public et de s’adresser au plus grand nombre.


Comme tout mouvement, il comporte ses célébrités et ses porte-drapeaux. Au début des années 2000, c’est par exemple un certain Banksy qui commence à faire parler de lui au Royaume-Uni. On ne sait toujours pas qui se cache derrière ce pseudonyme, mais il continue à l’heure actuelle à occuper le devant de la scène artistique et médiatique. Régulièrement, il livre au monde des messages forts qui mélangent poésie, humour, satire et qui dénoncent les conflits mondiaux, les inégalités générées par notre société et les travers du capitalisme.

Preuve d’une certaine reconnaissance, l’art urbain peut maintenant se vanter de nouer des liens avec la sphère politique. L’artiste américain Shepard Fairey a acquis la reconnaissance mondiale qu’il connaît actuellement grâce à l’oeuvre Hope qu’il a créée au cours de la campagne présidentielle de Barack Obama en 2008. Cette image, déclinée en affiches, t-shirts et autres produits dérivés est devenue une icône planétaire.


L’art urbain est maintenant une pratique reconnue, acceptée et même plébiscitée très largement par de nombreuses municipalités ou institutions. Elles en font parfois un axe prioritaire de développement pour leur politique culturelle, avec la volonté d’être en phase avec les préoccupations de notre époque. Les villes ne cessent de se développer, les architectures évoluent, l’espace urbain gagne du terrain et, plus que jamais, l’art a sa place dans la rue. Par leurs messages et leurs revendications, leur créativité et leur inventivité, leurs démarches et les techniques qu’ils utilisent, les artistes urbains font maintenant partie des acteurs vivants de nos villes.

©canopé "On fait le mur ?"

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